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Homélie de Monseigneur Centène
5ème dimanche de Pâques – 10 mai 2020

« Celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais, il en fera même de plus grandes parce que je pars vers le Père. » En ce 5ème dimanche de Pâques, nous relisons, à la lumière de l’évènement Pascal, le grand discours que Jésus adressa à ses disciples le soir de la Cène, la veille de sa mort.
Jésus constate, avec une certaine amertume, la lenteur à croire de ses disciples : « il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? ». Il voit aussi la merveilleuse moisson que produira le grain qui s’apprête à mourir en terre pour porter beaucoup de fruits. Les œuvres qu’accompliront ses disciples, animés par la foi, soutenus par son intercession auprès du Père : « Amen, amen, je vous le dis, celui qui croit en moi, fera les mêmes œuvres que moi, il en fera même de plus grandes parce que je pars vers le Père ». L’œuvre du Christ, c’est d’être resté tourné vers le Père, dans la fidélité, jusqu’au bout de sa vie, jusqu’au dernier battement de son cœur. L’œuvre du Christ, c’est d’avoir donné sa vie pour le Salut de ses frères en humanité.

 

.Tout au long de l’Histoire de l’Eglise, ils ont été nombreux, ceux de ces enfants qui ont mis leur pas dans Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, et qui, pour le suivre jusqu’au Père, ont vécu dans une fidélité qui a compté pour eux plus que leur propre vie, et qui, dans cette fidélité, ont versé leur sang pour le Salut de leurs frères. L’Eglise est l’Eglise des témoins, l’Eglise des martyrs.
Le calendrier propre de l’Eglise de Vannes célèbre, à la date du 10 mai, l’anniversaire de la béatification de l’un d’entre eux, le père Pierre-René Rogues, martyrisé pendant la Révolution française, et dont le corps repose en notre cathédrale, dans l’attente du jour de la Résurrection. Né à Vannes en 1758, Pierre-René Rogues a vécu à une époque où, comme en la nôtre, la Gloire de Dieu avait déserté le sanctuaire. Transformées en temple de la déesse Raison, en écurie ou en magasin d’armement, les églises étaient interdites au culte, et les chrétiens ne pouvaient pas s’y réunir pour célébrer le Dieu Vivant. Dieu avait trouvé refuge dans la conscience de ses fidèles, et dans le secret de leur cœur, Il sculptait des figures de sainteté qui pourraient éclairer les siècles à venir.

. Ordonné prêtre en 1782, Pierre-René Rogues devient aumônier de la retraite des femmes. Quatre ans plus tard, il entre dans la congrégation de la Mission, fondée par Saint-Vincent-dePaul. En 1787, il est nommé professeur de théologie au Grand Séminaire de Vannes. Lorsqu’éclate la Révolution, il refuse les prestations de serments, qui visent à créer une Eglise nationale, schismatique, séparée de Rome et du Saint-Père, et son influence entraîne l’immense majorité du clergé du diocèse dans la résistance à un régime qui prétend dicter ses lois à l’Eglise.
Lorsqu’en 1792, l’Assemblée législative décrète la proscription des prêtres réfractaires, PierreRené Rogues entre dans la clandestinité pour pouvoir continuer à exercer son ministère. Sous le Régime de la Terreur, il change souvent de domicile, pour ne pas mettre en danger la vie de ceux qui le cachent. Car il est bien évident que, si l’on peut faire le choix de mourir pour Dieu, on ne peut pas mettre délibérément en danger la vie de ceux que l’on veut servir. Et la prudence est nécessaire pour qu’un ministère de vie ne devienne pas, par notre faute, un
ministère de mort. Le 24 décembre 1795, trahi par quelqu’un qui devait beaucoup à la générosité de sa famille, Pierre-René Rogues est arrêté alors qu’il portait le saint viatique à un mourant, au 9 de la rue Emile Burgault, à deux pas de la cathédrale. Comme Jésus, il eut son Judas, comme Jésus, il eut sa prison, comme Jésus, il eut son procès, comme Jésus, il fut condamné à mort et exécuté pour avoir été fidèle jusqu’au bout : « Celui qui crois en moi, fera les œuvres que je fais, il en fera même de plus grandes parce que je pars vers le Père. » Arrêté alors qu’il portait les consolations d’une dernière communion à un mourant, Pierre-René Rogues est un martyr de l’Eucharistie, et nous pouvons nous confier à son intercession en cette époque troublée ou tant de chrétiens en sont privés.

. Dans ses discours d’adieu à ses disciples, tels qu’ils nous sont rapportés dans l’Evangile de Saint Jean, Jésus les invite à tourner leur cœur vers le Père, et à ne pas être attristés par son départ : « que votre cœur ne soit pas bouleversé ». Jésus rentre chez Lui au terme d’un douloureux voyage. Comment ne serait-Il pas heureux à la veille de retrouver la maison paternelle ? Le sein de Dieu ? Le retour à la maison du Père ? Sa joie déborde, Il est plein d’assurance : « vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » Il est sans amertume pour ceux de ses compagnons de voyage qui ont répondu, avec tant d’indifférence, au message d’amour et de paix qu’Il leur apportait. Il est sans rancune à l’égard de ceux qui se feront les instruments de sa mort. Sur la croix, Il demandera même à Dieu de leur pardonner. Il n’oubliera jamais ses amis de la Terre. Il semble même que son bonheur ne sera total que lorsqu’ils partageront sa joie : « dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures, sinon vous aurai-je dit : je pars vous préparer une place ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous amènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez vous aussi. »
C’étaient les sentiments de Notre-Seigneur, à la veille de sa mort. Les mêmes sentiments rayonnaient dans l’âme de son martyr.

Dans la geôle où il était détenu en vue de son exécution, Pierre-René Rogues composa un cantique, qu’il chanta en montant à l’échafaud. Le cœur de Jésus débordait de joie à la veille de sa mort. Pierre-René Rogues traduit les mêmes élans, dans le style de son époque :
« Que mon sort est charmant », écrit-il. « Mon âme en est ravie, Je goûte en ce moment Une joie infinie, Que tout en moi publie Les bontés du Seigneur, Ma misère est finie, Je touche à mon bonheur. »
Le Christ consolait ses amis et priait pour ses ennemis. Le cantique de Pierre-René Rogues exprime les mêmes dispositions du cœur :
« Ô vous tous, que mon sort Affecte et intéresse, Loin de pleurer ma mort, Tressaillez d’allégresse, Tournez votre tendresse Vers mes persécuteurs, Sollicitez sans fin, La fin de leurs erreurs. »
Le Christ donne sa vie pour le Salut de ses frères et le pardon de leurs péchés. Le cantique de Pierre-René Rogues exprime le même esprit d’offrande :
« Ô monarque des cieux, Ô Dieu plein de Clémence, Daigne arrêter Tes yeux Sur les maux de la France, Puisse ma pénitence Egale à ces forfaits, Désarmer Ta vengeance, Te la rendre à jamais. »
Frères et soeurs, que cette prière du bienheureux Pierre-René Rogues inspire la nôtre aujourd’hui. Mais surtout, que l’exemple de sa vie et de sa mort réveille notre foi, quand elle risque de s’endormir ou de se laisser distraire de l’essentiel : accomplir les œuvres du Christ.
« Celui qui crois en moi, fera les mêmes œuvres que moi, il en fera même de plus grandes parce que je pars vers le Père. »
Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. AMEN